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PEPERE LE JURISTE

Le statut des animaux progresse

Les députés valident le changement de statut des animaux

AFP 15 AVRIL 2014 À 12:35 (MIS À JOUR : 16 AVRIL 2014 À 07:42)

Le texte, qui vise à harmoniser le Code civil avec les Codes rural et pénal, n'aura toutefois pas de conséquences pratiques sur la protection animale. (Photo Joseph Eid. AFP)

La définition des animaux est passée dans le code civil de «bien meuble» à «être vivant doué de sensibilité». Bien mais pas suffisant selon les associations et des élus écologistes.

Les députés ont reconnu mardi soir aux animaux la qualité symbolique d’«être vivants doués de sensibilité», alors que jusqu’à maintenant le code civil les considère comme «des biens meubles». Cette modification législative fait suite à une pétition lancée il y a près de deux ans par la fondation de protection animale Trente Millions d’amis, et qui a reçu le soutien de plusieurs intellectuels.

 

    «Le changement de statut donne une légitimité aux revendications en faveur des animaux»

     

    Au terme d’un débat long et animé, les députés ont voté un amendement socialiste en ce sens, dans le cadre d’un projet de loi de modernisation et de simplification du droit, texte fourre tout qui traite aussi bien des tribunaux fonciers en Polynésie, des procédures de tutelle ou du droit des obligations et dont l’examen se poursuivra mercredi. Actuellement, le code rural et le code pénal «reconnaissent, explicitement ou implicitement, les animaux comme "des êtres vivants et sensibles"» mais pas le code civil, expliquent les auteurs de l’amendement, au premier chef le député PS des Hautes-Pyrénées Jean Glavany.

     

    L’amendement doit permettre, selon eux, de «concilier la qualification juridique et la valeur affective» de l’animal. «Pour parvenir à un régime juridique de l’animal cohérent, dans un souci d’harmonisation de nos différents codes et de modernisation du droit, l’amendement donne une définition juridique de l’animal, être vivant et doué de sensibilité, et soumet expressément les animaux au régime juridique des biens corporels en mettant l’accent sur les lois spéciales qui les protègent».

    «C’est un amendement de cohérence avec le code rural et le code pénal. Cet amendement n’entraine aucune conséquence juridique, aucun effet juridique non maitrisé», a assuré la rapporteure Colette Capdevielle (PS).

    De son côté, la fondation Brigitte-Bardot a estimé que cette modification était «une simple évolution juridique» et «en aucun cas une révolution pour les animaux».«Que le statut de l’animal passe de "bien meuble" à "être vivant doué de sensibilité" est normal. Ce qui est anormal en revanche, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt», a déclaré à l’AFP Christophe Marie, porte-parole de la fondation. «Il s’agit simplement d’harmoniser les textes, mais en aucun cas de remettre en cause l’exploitation animale», a-t-il ajouté.

    89% des Français sont favorables à une telle modification du code civil, selon un sondage Ifop réalisé fin octobre pour 30 Millions d’amis. A la même période, une vingtaine d’intellectuels, philosophes, écrivains, historiens et scientifiques français se sont également prononcé en ce sens. Il s’agit notamment des philosophes Michel Onfray et Luc Ferry, de l’écrivain Erik Orsenna, de l’Académie française, de l’astrophysicien Hubert Reeves, président de Humanité et Biodiversité, et de Matthieu Ricard, moine bouddhiste et docteur en génétique cellulaire.

    L’écologiste Laurence Abeille s’est étonnée de cet amendement alors qu’un groupe d’études sur la protection animale à l’Assemblée prépare une «proposition de loi bien plus ambitieuse sur le statut de l’animal». Laurence Abeille a présenté des sous-amendements pour remettre en cause des pratiques qui nient selon elle cette sensibilité animale comme l’élevage intensif. Elle a été soutenue par la socialiste Geneviève Gaillard, également membre du groupe de protection animale.

    Mais ils ont été rejetés, de même qu’un amendement pour interdire la corrida et les combats de coq, pratiques qui vont selon Laurence Abeille à l’encontre du caractère sensible de l’animal. Cet amendement a été jugé «hors sujet» par la rapporteure Colette Capdevielle, députée des Pyrénées-Atlantiques où la tauromachie est répandue.

    Source : http://www.liberation.fr/societe/2014/04/15/le-statut-des-animaux-progresse-dans-le-code-civil_997893

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    Nous allons devenir des êtres vivants sensibles

    La Fondation 30 Millions d’Amis se félicite de la nouvelle étape franchie avec succès vers la reconnaissance de l’animal comme être vivant et sensible dans le Code civil

    Ce mercredi 17 septembre, la réforme du statut juridique de l’animal a franchi une nouvelle étape avec succès lors de l’examen du projet de loi relatif à la modernisation et à la simplification du droit en Commission des lois de l’Assemblée nationale. Ainsi, et malgré les tentatives de détricotage du texte portées par certains opposants à cette réforme de progrès, les députés ont renouvelé leur soutien à la reconnaissance du caractère vivant et sensible des animaux ; disposition qui avait été adoptée en avril dernier. Prochaine étape du combat : le 13 octobre en séance publique à l’Assemblée nationale.

    La disposition en discussion vise à faire évoluer le Code napoléonien, datant de 1804, afin qu’il n’assimile plus les animaux à des « biens meubles » (art. 528) ou des « immeubles par destination » (art 524), mais reconnaisse enfin leur nature « d’êtres vivants et sensibles » comme le font déjà explicitement ou implicitement le Code rural et le Code pénal.

    UNE ÉVOLUTION POSITIVE POUR LA CAUSE ANIMALE

    La Fondation 30 Millions d’Amis, relayant la demande des 750 000 signataires d’une pétition demandant à la Garde des Sceaux de faire évoluer le régime juridique de l’animal dans le Code civil, se félicite du soutien renouvelé des députés et ce particulièrement dans un contexte où cette réforme de progrès fait l’objet d’attaques de la part de certains opposants souhaitant la vider de sa substance.

    « Je suis heureuse qu’une nouvelle étape soit franchie en faveur de la reconnaissance d’une évidence : l’animal est un être vivant doué de sensibilité. Ce résultat est le fruit de la pédagogie engagée depuis des mois auprès des parlementaires et du travail de fond réalisé par la Fondation avec le soutien d’experts du droit (théoriciens et praticiens), et le formidable relais des réseaux sociaux et les quelque 750 000 signataires de notre pétition », indique la Présidente de la Fondation 30 Millions d’Amis, Reha Hutin.

    LE COMBAT SE POURSUIT JUSQU'À L’ADOPTION DÉFINITIVE DU TEXTE

    Toutefois, le combat n’est pas terminé. Le texte ne sera adopté définitivement qu’une fois la procédure parlementaire complètement terminée. Prochaine étape : le 13 octobre en séance publique à l’Assemblée nationale.

    Seule la poursuite d’une forte mobilisation pourra définitivement faire aboutir cette réforme. Pour cette raison, nous avons besoin de vous : faites circuler la pétition, échangez avec vos élus, défendez la cause auprès de vos amis. Si chacun de vous fait signer une personne de plus, nous dépasserons le million de signatures et pèserons encore plus dans ce débat essentiel.

    Pour faire aboutir la réforme, le combat doit continuer !

    Signer la pétition de la Fondation 30 Millions d'Amis

    Source : http://www.30millionsdamis.fr/

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    On vous remercie Mr le Président. On sera toujours des meubles

    Les prommesses n'engagent ue ceux qui les écoutent et qui y croient. Le Président HOLLANDE a renoncé à l'une de ses promesses de campagne : donner un nouveau statut juridique à l'animal. Soyez rassurés, les précédents n'ont strictement rien fait non plus.

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    F. HOLLANDE se plante ...

    Source : http://www.actuanimaux.com/actualites/articles/2149/souffrance-animale-tout-va-tres-bien-monsieur-le-president

    SOUFFRANCE ANIMALE : TOUT VA TRÈS BIEN MONSIEUR LE PRÉSIDENT !

    © Présidence de la République

    En annonçant, à la veille de l'ouverture du Salon de l'Agriculture, que le statut de l'animal dans le code civil ne serait pas changé, comme le demandent depuis des années les associations de Protection Animale et plus récemment un manifeste signé par 24 intellectuels, le Président François Hollande, malgré ses promesses électorales, a ruiné l'espoir de millions d'hommes et de femmes qui n'acceptent pas le sort que notre société réserve aux animaux, que ces animaux soient de rente, d'élevage, de compagnie, de laboratoire, de spectacle, de gardiennage... Pour des raisons de profit, de crise morale d'une société qui va mal, les animaux sont de plus en plus exploités, maltraités, réduits en esclavage... Changer leur statut les protégerait davantage et permettrait de sanctionner leurs tortionnaires mais de gros intérêt financiers sont en jeu !

    Souffrance animale : tout va très bien Monsieur le Président !

    Puisque les animaux étant déclarés "être sensibles" ne craignent plus rien des humains on pourrait déclarer les humains "êtres pacifiques et honnêtes" comme ça il n y aurait plus de guerre, plus de crime, plus de délit. 

    Suffisait d'y penser : l'incantation ! On écrit un truc dans des textes de lois et ça devient vrai ! Mais bon mais c'est bien sûr, c'est génial ça ! On est au pays de Candy , un vrai conte de fées ! 

    Je vois venir les esprits chagrins qui se demandent si notre Président est lui même un être sensible parce qu'aucun texte ne dit  qu'il est. C'est mesquin ça, loin de nous cette horrible soupçon  ! 

    Les souffrances animales que nous dénonçons : des mirages ? 

    Autant vous le dire l'équipe d'Actuanimaux se pose des questions : est-ce que tous les dossiers que nous voyons circuler sont des mirages ? Toutes les photos plus horribles les unes que les autres, le résultat de maquillages photo shop ?  L'absence de sanctions pour les tortionnaires, un mythe ? 

    On se demande même ce qu'on fiche là et si ce que nous racontent les associations n'est pas un peu exagéré. En France on le sait maintenant, les animaux sont suffisamment protégés, ils sont des êtres sensibles, c 'est écrit dans les textes.

    Qu'on les vende, qu'on les transporte, qu'on les élève, qu'on les gave, qu'on les abatte, qu'on les exploite... tout va très bien pour eux. Puisqu'on vous le dit ! On en a fait bien assez comme ça pour eux  !  

    Salon de l'agriculture, bien être des porcs, des volailles, des moutons et des bisounours 

    C'est pas qu'il a la pendule remontée à bloc par les lobbys de la viande ou des vivisecteurs qu'il dit ça notre Président quand même ? C'est pas un signal qu'il veut donner aux éleveurs intensifs à la veille de l'ouverture du Salon de l'Agriculture ? 

    Du reste la notion d'animal sensible c'est dans le code rural qu'on en parle : c'est dire comme ça rassure !

    Défendre les animaux : un acte de terrorisme ? 

    Non non sûrement pas, faut vraiment avoir l'esprit mal tourné comme ces insupportables défenseurs des animaux ! Vous savez ces graines de terroristes qui ne trouvent pas normal qu'on gave des oies mortes vivantes,  jusqu'à leur percer le jabot, qui trouvent à redire sur le bien être des poules résumé à la surface d'une feuille de classeur, qui ne se pâment pas devant la torture à mort, érigée en spectacle, d'un herbivore, qui s'indignent qu'on balance de l'acide sur un chat, qu'on organise de sanglants combats de chiens dans les caves, qu'on joue avec des chatons comme avec des ballons de foot...(on vous laisse continuer la liste, nous on n'en peut plus...) 

    Ils vont même jusqu'à empêcher l'industrie de la fourrure de tourner en rond  sous de vagues pretextes tenant aux besoins fondamentaux de ces animaux pendant leur détention ou ergotant sur le fait qu'ils sont gazés pendant de  longues minutes ou électrocutés par voie anale et/ou buccale sans parler de tout ce qu 'on leur fait dans des élevages lointains...

    Ce sont des pisse-froid les défenseurs des animaux , ily en a même qui poussent la cohérence jusqu'à se mettre en tête d'être végétariens, des gens pas drôles du tout qui ne savent pas s'amuser et qui voient le mal partout ! !! Si si ! 

    Les animaux ça n'a pas d'âmes, même Descartes le disait que ce sont des machines, et puis dans une société en dérive il faut bien garder des boucs (des taureaux, des chats, des chiens, des nacs, des chevaux...) émissaires, faut des exhutoires à une jeunesse en  manque de repères !!

    Viande de cheval, usines à chiots, élevages hors sol : tout est bon dans l'animal 

    L'essentiel c'est que ça fasse marcher le commerce, les raviolis aux viandes incertaines, le commerce des animaux issus de trafics et d'usines à chiots, les cirques qui domptent les animaux sauvages et les maintiennent dans des cages toute leur vie, les delphinariums qui  exploitent des dauphins capturés, les chevaux qui font gagner plein de sous puis qu'on envoie à la casse, les chiens de gardiennage tabassés et épuisés, les animaux de compagnie achetés pour passer l'hiver et jetés aux premières vacances, les animaux mendiants faire valoir de bonbons de montagne, les saucissons d'ânes, produits d'une souffrance indicible,  les truies gestantes à vie qu'on mettra debout juste pour les traîner à l'abattoir, les poules de batteries aux regards perdus, les poussins broyés ... Tout cela c'est bon pour les affaires, ça fait marcher le commerce !

    L'abattage, rituel ou pas, c'est pas un problème non plus pour notre Président 

     "nous devons veiller à faire respecter des conditions qui ne le fassent pas souffrir"

    Les rois de France étaient supposés pouvoir guérir certaines maladies par imposition des mains, notre président a le pouvoir de supprimer la souffrance des animaux par simple incantation. On vit un monde merveilleux ! 

     

    Animal, bIen meuble tu es, bien meuble tu resteras : jeté, vendu, donné, battu, oublié, abandonné comme une table ou un tabouret. On pourra toujours les mettre aux encombrants les animaux cassés ou s'en débarrasser sur certains sites entre un vélo d'appartement et un robot ménager. 

    Des millions à vouloir défendre les animaux, il serait temps de le montrer 

    Ben dis donc fait pas bon être un être sensible en douce France !!! Les électeurs ça peut pas être un être sensible aussi quand il a son bulletin de vote à la main ?

    Bientôt les municipales ... Savent-ils nos élus que nous sommes des millions à souffrir du sort qui est réservé aux animaux, que nous sommes des millions à savoir qu'une société qui ferme les yeux sur la maltraitance animale accepte sans le savoir que de proche en proche ce traitement soit aussi réservé aux humains les plus vulnérables. Ils savent nos élus que la géographie de la maltraitance animale et celle des maltraitances conjugales se superposent étrangement ? 

    Les animaux victimes de tous les tortionnaires jamais punis n'ont qu' à se répéter en boucle : je suis un être sensible, en France, il ne peut rien m 'arriver...

    Des hommes de progrès avaient pourtant montré la voie 

    Défenseurs des animaux si vous comptiez sur les héritiers de Victor Hugo, de Victor Schoelcher (aussi bien horrifié par l'esclavage que par la peine de mort et les mauvais traitements aux animaux)  d' Einstein,  de Gandhi et d'Albert Schweitzer (prix nobel de la paix),  véritables hommes de progrés qui n'ont jamais dissocié dans leur réflexion la justice pour les hommes et pour les animaux, si vous avez applaudi à la récente démarche des 24 intellectuels signataires d'un manifeste pour que change le statut de l'animal,  il va falloir vous faire un raison. Vous êtes ringards et les valeurs que vous défendez n'interessent plus personne dans un société où de droite comme de gauche on ne pense qu'au profit, qu'à gagner les prochaines élections et à satisfaire les lobbies... 

     

    "Parmi les 24 signataires, figuraient les philosophes Michel Onfray et Luc Ferry, l'écrivain Erik Orsenna, de l'Académie française, l'astrophysicien Hubert Reeves et Matthieu Ricard, moine bouddhiste et docteur en génétique cellulaire. " Source Libération 

    Périmés Hugo, Gandhi et l'idée de grandeur d'une nation ?

    Victoir Hugo est pourtant au Panthéon, ça pourrait avoir une valeur d'exemple... Il était contre la peine de mort et contre la corrida, ah ben on a oublié la deuxième partie... Leonard de Vinci était un génie et il aimait les animaux, ça aussi on oublie, ça fait désordre... Einstein devenu végétarien par compassion pour les animaux, Gandhi et les animaux, la grandeur d'une nation tout ça on en fait quoi ?  

    Et les promesses électorales ? Comme d'habitude elles n'engagent que ceux à qui elles sont faites ?

     

    Actuanimaux est un site solidaire et participatif qui vit grâce à la publicité et grâce à vos dons. Pour en savoir plus, pour aider au mieux les animaux, un article vous dit tout sur le fonctionnement de notre site. N'oubliez pas les fiches de nos protégés qui ne comptent pas trop sur leur statut d'êtres sensibles pour être défendus et sauvés mais attendent plutôt avec impatience vos clics et vos aides, merci pour eux !

     

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    Respect de l'animal : un renouveau de la pensée occidentale

    Un inédit de Georges CHAPUTHIER

    Aux XIX° et XX° siècles, la pensée occidentale a subi un renouveau en ce qui concerne le respect de l'animal. Bien sûr, on peut trouver à cette évolution des précurseurs comme François d'Assise ou Montaigne. Mais il faut bien voir que ces penseurs, sur lesquels nous allons dire quelques mots, se présentent plutôt comme des exceptions au sein d'un environnement philosophique qui ne fait que perpétuer les tendances anthropocentriques très majoritaires à leurs époques. 

    Saint François d'Assise

    L'amour fraternel de Saint François d'Assise (1181 ou 1182-1226) pour les animaux comme pour toutes les créations terrestres apparaît dans de nombreuses occasions, notamment dans de nombreux ouvrages postérieurs au saint, mais tous du "Premier siècle franciscain ", c'est-à-dire du XIII° siècle. Bien entendu, expliquer cette vision fraternelle par le simple recours à la sensibilité de François est tout à fait insuffisant ; la compassion à l'égard des animaux est, chez lui, très liée à l'attitude religieuse elle-même. 
    Comme le remarque Jean-Dominique Bourinet (1) : L'amour de saint François pour les animaux et pour le monde créé tire toute sa force d'une vision religieuse, d'un regard de foi. Nombreux en sont les exemples. Ainsi François d'Assise allait prêcher aux oiseaux ( mes frères les oiseaux ) qui, selon la légende ne s'effarouchaient pas :  
    -Bien que saint François marchât parmi eux et les touchât de sa tunique, aucun cependant ne bougeait  (2).  
    -Il racheta souvent des agneaux que l'on menait abattre, en souvenir de l'Agneau très doux qui voulut être mené à la mort pour racheter les pêcheurs.(3).
     
    Citons encore l'épisode très connu du loup de Gubbio, qui terrorisait les habitants de la ville. Selon la légende, François d'Assise vint le voir et lui dit : Frère loup, tu fais ici beaucoup de dommages,et tu as commis de très grands méfaits, blessant et tuant, sans sa permission, les créatures de Dieu ; et non seulement tu as tué et dévoré les bêtes, mais tu as eu l'audace de tuer et de blesser les hommes faits à l'image de Dieu (4) François parvient à convaincre le loup de renoncer à semer la terreur en échange de quoi les gens de la ville lui assureraient sa subsistance et il ne pâtirait plus de la faim. On pourrait multiplier les exemples de ce type. 
    On comprendra que la question n'est pas ici de savoir ce qui est un fait ou ce qui a été amélioré par la légende, mais de voir que l'exemple de la vie de François d'Assise s'inscrit clairement dans une perspective d'amour des animaux. 

    Certains auteurs modernes, comme Peter Singer, contestent les positions zoophiles de François d'Assise en arguant du fait que ce dernier, exprimant un amour universel extatique sur tout, a manqué de mettre en relief la spécificité de l'animal, le fait qu'il soit capable de ressentir la douleur. Nous pensons que l'amour de tout n'exclut pas pour autant la spécificité de chaque être. Ainsi, comme nous venons de le voir plus haut, le saint se préoccupe clairement de la spécificité du loup et du fait qu'il tue par faim. 
    De même, dans un autre passage des Fiorreti , il récupère des tourterelles promises à l'abattage et les apprivoise en leur construisant des nids, prouvant par là que l'amour extatique de l'univers ne m'empêchait pas de reconnaître les besoins et la spécificité de chaque créature. On peut penser que, même s'il ne l'a pas exprimée de la manière rationnelle d'un auteur moderne comme Singer, l'affection de François d'Assise pour les animaux fait quand même de lui un précurseur du mouvement zoophile moderne. 
    Enfin, il faut ajouter que si François d'Assise est le précurseur le plus marquant dans ce domaine, d'autres saints chrétiens ont eu, comme nous le rappelle Jean Gaillard (5), des attitudes qui se réclament ou se rapprochent de la sienne, tels saint Antoine de Padoue, ou saint Martin de Porrès, un saint péruvien de l'ordre de Saint-Dominique, canonisé en 1962 par Jean XXIII. 

    A la Renaissance, Michel de Montaigne (1533-1592), féru d'Antiquité, adopte des positions que l'on peut rapprocher de celles des Anciens, Plutarque et Porphyre
    Montaigne (6) offre dans ses écrits un certain nombre d'arguments en faveur de la ressemblance des bêtes et des gens, y compris en ce qui concerne les capacités de raisonnement et de discernement. A une époque fort peu soucieuse des problèmes de l'animalité et de la morale à l'égard des animaux, Montaigne constitue une exception remarquable qui préfigure l'époque moderne : Je hay, entre autres vices, cruellement la cruauté et par nature et par jugement, comme l'extrême de tous les vices. De moy, je n'ai pas sçeu voir seulement sans desplaisir poursuivre et tuer une beste innocente, qui est sans deffence et de qui nous ne recevons aucune offence.

    Plus récemment, deux auteurs peuvent être considérés comme les précurseurs directs du mouvement moderne : Jeremy Bentham et Arthur Schopenhauer

    Jeremy Bentham

    Jeremy Bentham (1748-1832), en Grande-Bretagne, élabore une philosophie morale qui inclut clairement l'animal (7). Depuis Dieu jusqu'aux animaux, en passant bien sûr par l'homme, toute la  création sensible mérite la sympathie. Et pourquoi la création sensible et pas la création tout court ? La distinction doit être établie, selon Bentham, d'après un critère qui sera souvent repris par la suite par les penseurs zoophiles modernes, celui de la douleur : La question n'est pas : peuvent-ils raisonner, peuvent-ils parler ?, mais : peuvent-ils souffrir ? 
    Certes, Bentham ne précise pas les modalités de cette souffrance, ni si tous les animaux, depuis les plus primitifs jusqu'aux plus  évolués , peuvent être considérés comme souffrant. C'est une question qui touche au difficile problème de la hiérarchie des espèces animales. Il est vraisemblable que Bentham pensait surtout aux animaux " supérieurs " et ne s'est pas posé en ces termes la question de la généralité de sa formule (8). 
    Il reste qu'il est le premier à avoir formulé ainsi la spécificité de l'animal en termes de souffrance. 

    Arthur Schopenhauer

    Arthur Schopenhauer (1788-1860), enfin développe en Allemagne des réflexions où le respect de l'animal apparaît nettement (9). Le principe de la philosophie de Schopenhauer est le vouloir-vivre, une volonté commune à tous les êtres vivants de conserver l'existence. 
    Ce vouloir-vivre est malheureusement une cause permanente de souffrance, d'où le caractère particulièrement pessimiste de la philosophie de Schopenhauer. Selon une logique proche de celle de certaines philosophies asiatiques, qui ont d'ailleurs fortement marqué le philosophe, la seule sagesse pour l'homme est donc de savoir renoncer à son vouloir-vivre. 
    Par là même le sage, renonçant à la lutte pour la vie, verra les êtres vivants, ses semblables dans la douleur, hommes ou animaux, avec pitié. Sur le plan moral, l'animal n'est donc pas dissocié de l'homme en tant que bénéficiaire de la pitié. 
    C'est une position que, sur ce point précis, ne réfuterait sans doute pas un bouddhiste d'aujourd'hui, même si, bien sûr, la philosophie de Schopenhauer n'adopte pas les concepts métaphysiques des philosophies orientales qui, seuls, auraient pu la sortir de son pessimisme noir. 

    Au XIX° siècle, parallèlement aux réflexions philosophiques de Schopenhauer, se développent des mouvements très favorables à l'animal et luttant notamment contre l'alimentation carnée ou l'expérimentation animale. 
    Les premières sociétés pour la protection des animaux voient le jour et dans divers pays d'Europe des lois sont votées à la fin du siècle qui autorisent plusieurs utilisations de l'animal, notamment l'expérimentation sur des animaux vivants, mais les assujettissent à des restrictions telles que l'homme ne peut plus faire "n'importe quoi " comme c'était théoriquement possible dans les siècles précédents. Il s'agit là d'un premier passage du respect de l'animal par le droit et la loi, si important de nos jours. 

    Il y a sans doute, dans cette évolution favorable à l'animal en Occident, plusieurs causes en interaction les unes avec les autres. Bien sûr, les écrits de précurseurs comme Bentham ou Schopenhauer - ce dernier traduisant une référence à des valeurs d'Extrême-Orient - doivent être pris en compte. 
    Mais on sait que les travaux des précurseurs n'amènent à des modifications dans un domaine donné que lorsque les conditions générales, sociales et culturelles, le permettent. L'une d'entre elles, essentielle, est, à notre avis, le progrès même de la biologie. Le développement de l'anatomie comparée, puis de la physiologie comparée montraient clairement que l'homme occupait, dans le monde animal, une place définie à proximité des grands singes, dont il ne se distinguait guère sur le plan strictement biologique. 
    La théorie de l'évolution allait plus loin en affirmant que l'homme dérivait d'ancêtres animaux, et, malgré les oppositions, cette théorie allait peu à peu s'imposer parmi les penseurs sérieux. A la lumière de ces thèses scientifiques, l'animal devenait un cousin et un ancêtre de l'homme et son utilisation, souvent abusive, prenait une tout autre signification. 

    Parallèlement, les expériences effectuées au XIX° siècle sur l'animal, souvent sur des animaux affectivement proches de l'homme comme le chien, et dans des conditions que l'absence d'anesthésiques rendaient très dures, entraînaient une partie du public vers l'opposition à ces expériences comportant la section du corps vivant (et conscient) et appelée (à juste titre à cette époque) vivisection . Il faut remarquer à ce propos que cette appellation a été conservée de nos jours par les associations qui luttent contre l'expérimentation animale alors même que la vivisection telle qu'elle était pratiquée au XIX° siècle est interdite par la loi. 
    Il y a là, dans un but polémique, un abus de langage. Enfin, parmi les raisons qui ont amené l'Occident à des positions zoophiles plus marquées, on doit sans doute citer l'amélioration de la qualité de la vie. Ayant à moins lutter contre un environnement hostile, contre les maladies ou contre les catastrophes naturelles, l'homme des pays occidentaux avait davantage de temps pour se soucier de la misère de ses compagnons animaux. 

    Cette évolution est finalement corollaire d'un accroissement des activités des sociétés ou associations de protection animale dans tous les pays occidentaux. Il n'est évidemment pas possible de dresser, même pour la France, la liste de toutes ces sociétés ou associations. 

    Le courant Chrétien

    Cette évolution générale est aussi corollaire d'une évolution de la pensée chrétienne occidentale qui, au XX° siècle, produit, même s'il restent encore minoritaire ou marginaux, un militantisme et des ouvrages très favorables à l'animal. 
    Parmi les activités militantes, il faut par exemple signaler celle de Paul Chanson (10) qui, à l'issue d'un vibrant plaidoyer cherchant à réhabiliter l'animal dans la pratique chrétienne, tenta, juste avant la dernière guerre, de créer une association catholique pour la protection des animaux, ou encore, plus près de nous, celle de Jean Gaillard, secrétaire général de l'" Association catholique pour le respect de la création animale " qu'il a fondée avec Marguerite Prestreau et dont il a exposé les buts et la philosophie dans son livre Les animaux, nos humbles frères (11). 
    Le bulletin de cette association catholique, Bêtes et gens devant Dieu, est également une mine de renseignements et d'incitations à un meilleur comportement des chrétiens vis-à-vis des individus d'autres espèces. 
    Il faut aussi mentionner l'action d'écrivains ou de journalistes comme P. Gautier, auteur du livre Un prêtre et son chien (12), ou de Hélène et Jean Bastaire (13), qui défendent, depuis de nombreuses années, des idées de protection et de respect des animaux dans les périodiques catholiques. 

    Sur le plan de la doctrine, plusieurs auteurs ont tenté une relecture des différents textes fondateurs du christianisme dans un sens zoophile. 
    Parmi les nombreux écrits allant dans ce sens, signalons la place exceptionnelle d'un penseur protestant, Albert Schweitzer
    A la différence de Schopenhauer qui fondait sa philosophie sur un vouloir-vivre très pessimiste, Schweitzer, pasteur protestant, fonde la sienne sur une conception foncièrement optimiste du vouloir-vivre, puisque ancrée dans la croyance à la promesse de Dieu et à la rédemption. Un peu dans la suite des positions de François d'Assise, mais d'une manière plus raisonnée et plus moderne, Schweitzer affirme la solidarité organique et même morale de la création. " En tirant d'affaire un insecte en détresse, je ne fais que d'essayer de payer quelque chose de la dette toujours renouvelée de l'homme à l'égard des bêtes. " (14) Par la profondeur de sa pensée philosophique et religieuse, chrétienne bien entendu, mais qui n'exclut pas certaines références aux pensées asiatiques comme la philosophie indienne, Schweitzer apparaît comme le principal penseur chrétien moderne chez qui le souci de la protection animale est part intégrale de la spiritualité. 

    Médecin en Afrique, Schweitzer a d'ailleurs eu l'occasion de mettre en pratique les réflexions de ses ouvrages, et ses actions favorables aux animaux ont été souvent rapportées. 
    Parmi les penseurs catholiques, il faut mentionner Michel Damien, dont le livre exemplaire, L'animal, l'homme et Dieu, constitue un remarquable plaidoyer pour une relecture de la Bible et de l'Evangile dans un sens beaucoup plus favorable à l'animal : La véritable place de l'homme dans la nature est d'être le prêtre de la nature, le prêtre de Dieu parmi les créatures animales et végétales dont il n'a été distingué que pour un bien général. L'unité des vivants se réalise avec le Christ.  (15) 

    Tous ces exemples montrent clairement qu'en ce début de XXI° siècle, on assiste à un accroissement important de l'intérêt des hommes des pays occidentaux, et notamment en France, pour les impératifs de la protection animale. 

    Notes


    Les notes propres au texte publié ici ne sont pas, pour l'instant, traitées comme notes de bas de paragraphe, avec liens aller-retour. Merci de me pardonner cet inconfort de lecture.

    (1) J-D Bourinet, Saint François d'Assise, un regard fraternel sur toutes les créatures, dans : Droits de l'animal et pensée chrétienne, colloque organisé le 16 octobre 1986 à Paris par la Ligue française des droits de l'animal, édité par la même Ligue, p. 43-47 

    (2) Fioretti de saint François , texte nomme, traduction d'Alexandre Masseron, dans Saint François d'Assise. Documents, Paris, Editions Franciscaines, 2° éd. ; 1981, p.69. 

    (3) Saint Bonaventure, Vie de saint François d'Assise,. Documents, Paris, Editions Franciscaines, 2° éd. ; 1981 p. 636. 

    (4) Fioretti de saint François, op. cit. ; P. 89-90. 

    (5) J. Gaillard, Les animaux, nos humbles frères , Fayard, 1986. 

    (6) Montaigne, De la cruauté, Essais, La Pléiade-NFR, 1937, P. 411 et 414. 

    (7) J. Bentham, Déontologie ou science de la morale, traduction B. Laroche revue par J. Bowring, Paris, Editions Charpentier, 1834 P. 21-22. 

    (8) Voir, à propos des invertébrés, G Chapouthier, J.C.Nouët, Sci. Tech. Anim. Lab, 2002, 27 (Numéro spécial "Ethique et invertébrés") 

    (9) A Schopenhauer, Parerga et paralipomena, Ethique, droit et politique, 1- Ethique. Felix Alcan, Paris, 1909. ; A Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation. Presses Universitaires de France, Paris, 1966. 

    (10) P Chanson, Les animaux sous l'arc-en-ciel, Editions du Cerf, 1939. 

    (11) Association catholique pour le respect de la création animale, 7, rue Marie-Rose, 75014 Paris ; J. Gaillard, Les animaux, nos humbles frères, Fayard, coll. " Le Sarment ", 1986. 

    (12) Abbé J.Gautier Un prêtre et son chien, Editions Crépin-Leblond, 1955 

    (13) H et J Bastaire, Le chant des créatures : les Chrétiens et l'univers d'Irénée à Claudel. Cerf, Paris, 1996. ; H et J Bastaire, Pour une écologie chrétienne. Cerf, Paris, 2004. 

    (14) A. Schweitzer, La civilisation et l'étique, trad. M. Horst, Colmar, Editions Alsatia, 1976, P. 179. 

    (15) M. Damien, L'animal, l'homme et Dieu, Editions du Cerf, 1978, pp. 196 et 198. 

    A propos de Georges Chapouthier

    Georges Chapouthier est né le 27 mars 1945 à Libourne, en Gironde). Directeur de Recherche au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), il possède une double formation de biologiste (Docteur ès-Sciences) et de philosophe (Docteur en Philosophie).
     
    En tant que biologiste, il dirige, à l'hôpital Pitié-Salpêtrière, dans l'unité "Vulnérabilité, Adaptation et Psychopathologie " (CNRS-Université Paris 6), une petite équipe consacrée à l'étude de la pharmacologie de l'anxiété et de la mémoire chez la souris

    En tant que philosophe, comme attaché à l'Institut d'Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques (CNRS-Université Paris 1), il a beaucoup étudié les rapports de l'homme et de l'animal, auxquels il a consacré de nombreux livres.

    Il n'hésite pas non plus à en parler... 

    Quelques travaux et ouvrages publiés

    La présentation de cette liste est en cours de révision, pour en améliorer la lisibilité.

    G.Chapouthier, M.Kreutzer, C.Menini, Psychophysiologie - Le système nerveux et le Comportement, Editions Etudes vivantes, Paris, 1980, l92 pages. (épuisé) 

    J.J.Matras, G.Chapouthier, L'inné et l'acquis des structures biologiques, collection "Le Biologiste", Presses Universitaires de France éditeur, Paris, 1981, 243 pages. (épuisé) 

    G.Chapouthier, J.J.Matras, Introduction au fonctionnement du système nerveux (codage et traitement de l'information), Editions MEDSI, Paris, 1982, 224 pages. (épuisé) 

    G.Chapouthier, J.J.Matras, The nervous system and how it functions, Abacus Press, UK, 1986. (épuisé) 

    G.Chapouthier, Mémoire et Cerveau - Biologie de l'apprentissage, Collection Science et Découvertes, Editions du Rocher, Monaco, 1988, 126 pages. (épuisé) 

    G.Chapouthier, Au bon vouloir de l'homme, l'animal, Editions Denoël, Paris,1990, 260 pages 

    G.Chapouthier, Les droits de l'animal, Collection "Que sais-je ?", Presses Universitaires de France, Paris,1992,125 pages. (épuisé) 

    G.Chapouthier, La biologie de la mémoire, Collection "Que sais-je ?", Presses Universitaires de France, Paris,1994,125 pages. (épuisé) 

    G.Chapouthier, J.C.Nouët (sous la direction de, ouvrage collectif), Les droits de l'animal aujourd'hui, Collection "Panoramiques", Editions Arléa-Corlet (Diffusion Le Seuil) et Ligue Française des Droits de l'Animal, Paris,1997, 244 pages 

    G.Chapouthier, J.C.Nouët (editors), The universal declaration of animal rights, comments and intentions, Editions Ligue Française des Droits de l'Animal, Paris,1998, 96 pages 

    G.Chapouthier, L'homme, ce singe en mosaïque, Editions Odile Jacob, Paris, 2001, 211 pages 

    G.Chapouthier, Qu'est-ce que l'animal ?, Collection "Les petites pommes du savoir", Editions le Pommier, Paris, 2004, 55 pages 

    G.Chapouthier (sous la direction de, ouvrage collectif), L'animal humain - Traits et spécificités, Editions L'Harmattan, Paris, 2004, 116 pages

    Source : http://www.adamantane.net/

    Le devoir de compassion

    L’ambivalence du devoir de compassion chez Rawls

    Dans Théorie de la justice, Rawls donne deux raisons pour lesquelles les animaux ne peuvent être inclus dans la théorie contractualiste : la première est que Rawls situe les conditions de possibilité de l’inclusion dans la sphère juridique et morale des animaux la rationalité et le sens de la justice, qu’il leur dénie. Par conséquent, si les devoirs de compassion et d’humanité ont bien le statut de devoirs directs et non indirects, ils ne peuvent fournir une extension de la théorie de la justice : les animaux ne sont pas des sujets de droit car la rationalité leur fait défaut.

    Qu’entend Rawls par « devoir de compassion » ou « devoir d’humanité » ? En réalité, il opère une réduction du devoir de compassion à un devoir d’éprouver de la compassion. Cette réduction pose problème. Le devoir de compassion ne doit-il pas plutôt être entendu comme un commandement d’abstention des actes provoquant la souffrance pour laquelle nous éprouvons en premier lieu la compassion ?

    Le devoir n’est pas dans le sentiment mais dans l’action commandée par le sentiment. Si les devoirs de compassion n’étaient que des devoirs d’éprouver de la compassion, le sentiment se suffisant à lui-même et se redoublant de manière stérile sans se porter vers une action qui le dépasse, alors cela signifierait que les choses ou l’état de fait pour lesquels nous éprouvons de la compassion ne seraient que des maux nécessaires sur lesquels nous n’aurions aucune prise, dont nous ne serions nullement responsables et qui ne ressortiraient pas de notre capacité d’action.

    Parler de devoir de compassion à propos des animaux que nous mangeons et tuons (cette action ayant sa source dans une décision) relève donc d’une schizophrénie morale : comment l’agent de la faute pourrait-il éprouver de la compassion à l’endroit de la créature qu’il blesse volontairement et de manière contingente (l’action et l’abstention étant toutes deux possibles) ?

    Pour Rawls, il semble donc que la compassion n’ait de sens qu’en raison de la relativité morale de l’action humaine : l’homme à la fois fait ce qu’il doit (manger les animaux est justifié) mais l’accomplissement de son devoir demeure entaché de négativité (ce qu’il doit n’est que le meilleur, et non le bien absolu). Il vaut mieux que l’homme mange les animaux (comparativement à : l’homme doit s’abstenir de manger les animaux), mais dans l’idéal (à quoi il faut renoncer au regard de la situation positive) il vaudrait mieux que l’homme ne cause pas de souffrance à l’animal sensible.

    Le devoir de compassion signifierait alors cette ambivalence et permettrait de supprimer l’alternative en conciliant les deux aspects (le devoir de manger les animaux, et le devoir de ne pas faire souffrir les animaux) : éprouver de la compassion à l’endroit des créatures qu’on fait souffrir, c’est corriger en espritl’action qu’on commet de fait, et c’est souligner la relativité morale de l’action, bonneen l’état, mais non absolument.

    Le devoir de compassion donne une virginité morale à l’agent qui s’est risqué à exister dans un monde compromettant : la souffrance animale témoigne de la compromission de l’agent vertueux (et dont la vertu n’est pas menacée par les conséquences de son action), et la compassion à l’endroit de cette souffrance est le signe de la prise de conscience douloureuse du mal nécessaire qui s’ensuit de la bonne action.

    La critique du mouvement de réduction par Rawls du devoir de compassion à une obligation de sentiment (et non d’action) ne peut donc que se faire par une remise en cause de ce prétendu devoir (ou du moins cette permission nécessaire) de manger les animaux.

    Publié par Camille le 4 avril 201

    Source : http://www.ethiqueanimale.com/

    La théorie de la justice globale

    Les fondements d’une théorie de la justice globale à partir de l’approche par les capacités

    Nussbaum, Par-delà la compassion et l’humanité, justice pour les animaux non humains

    Cet article trouve place dans un recueil de textes réunis par H.-S. Afeissa et J.-B. Jeangène Vilmer et  paru en mai 2010 : Philosophie animale. Différence, responsabilité et communauté. Le recueil est structuré en trois parties : « Humanité et animalité », « Ethique animale » et « La communauté des êtres humains et des animaux ». Le texte de M. Nussbaum (pages 224-268) clôt la deuxième partie et propose une transition efficace vers la troisième partie qui se propose d’analyser les modalités par lesquelles pourrait s’opérer une communauté juridique et morale entre humanité et animalité. En effet M. Nussbaum propose, à l’aune d’une exigence de justice globale, de transposer l’approche par les capabilités qu’elle a théorisée avec A. Sen à la question de la justice envers les animaux non-humains qui sont appréhendés comme des agents capables de se mouvoir en direction de leur bien propre. Les implications de cette transposition sont notamment, d’un point de vue théorique, la reconnaissance d’un certain nombre de capacités fondamentales aux animaux, et d’un point de vue pratique, la défense de la nécessité d’un engagement politique envers une réforme du traitement des animaux.

    1. Critique du néo-contractualisme et de l’utilitarisme

    Nussbaum commence par montrer l’échec 1) du néo-contractualisme kantien et 2) de l’utilitarisme quant à l’objectif d’un fondement de l’extension, au-delà de la barrière spécifique, du droit des animaux à mener une vie digne : c’est par la reconnaissance de ce que les animaux sont capables de mener une vie digne que l’on peut leur en céder légitimement le droit.

    1.1. L’échec du néo-contractualisme kantien.

    1.1.1.La position de Kant et de Rawls. Pour Kant, les animaux n’étant pas doués d’une valeur intrinsèque qui leur confèrerait une dignité personnelle ne peuvent êtresujets mais seulement objets du devoir moral : les devoirs envers l’animal, notamment l’abstention du traitement cruel, sont des devoirs envers l’humanité ayant pour objet l’animal. C’est parce que l’homme est obligé envers l’autre homme, i.e. qu’il est en dette envers lui, qu’il doit un traitement digne à l’animal. Dans la Théorie de la justice, Rawls donne deux raisons pour lesquelles les animaux ne peuvent être inclus dans la théorie contractualistes : 1) Rawls situe les conditions de possibilité de l’inclusion dans la sphère juridique et morale des animaux la rationalité et le sens de la justice, qu’il leur dénie : les animaux ne sont pas des agents capables de poursuivre leur bien propre. Par conséquent, si les devoirs de compassion et d’humanité ont bien le statut de devoirs directs et non indirects, ils ne peuvent fournir une extension de la théorie de la justice : les animaux ne sont pas des sujets de droit car la rationalité leur fait défaut. 2) Si la fiction de la position originelle a une cohérence et une crédibilité, celle d’un contrat avec les animaux est dépourvue de toute vraisemblance et se heurte aux limites de l’imagination en raison du gouffre creusé par l’asymétrie de pouvoir entre l’homme et l’animal : un contrat est impossible en raison de l’inégalité irréductible des parties contractantes. Pour ces deux raisons, les animaux doivent donc être omis de la théorie de la justice.

    1.1.2.Critique du kantisme et du néo-contractualisme.

    Nussbaum montre que les théories contractualistes ne peuvent constituer la rationalité comme condition de possibilité de l’appartenance à la communauté morale et juridique que parce qu’ils ne disjoignent pas deux questions : 1) qui élaboreles principes de justice ? et 2) pour qui les principes sont-ils élaborés ?  C’est en raison de cette confusion qu’ils peuvent refuser l’intégration, dans le groupe de ceux pour lesquels les principes de justice sont élaborés, des créatures qui ne peuvent participer à l’élaboration de ces principes. Mais la légitimité de la confusion de ces deux questions n’est pas démontrée : on peut très bien poser l’hypothèse suivant laquelle les individus peuvent élaborer des principes dont ils ne sont pas les bénéficiairesexclusifs.

    Nussbaum formule ensuite deux critiques à l’encontre de la thèse de Rawls selon laquelle le traitement des animaux est seulement affaire de compassion et d’humanité(i.e. échappe au problème de la justice proprement dite). 1) Le sentiment de compassion a la propriété de ne pas impliquer la responsabilité d’un auteur qui puisse faire l’objet d’un blâme pour la vulnérabilité de la créature pour laquelle la compassion est éprouvée. Les sentiments de compassion ou d’humanité ont la spécificité de ne pas exiger pour celui qui les ressent d’endosser le statut d’auteurresponsable d’une faute2) Rawls opère une réduction erronée du devoir de compassion à un devoir d’éprouver de la compassion : mais le devoir de compassion doit être entendu comme un commandement d’abstention des actes provoquant la souffrance pour laquelle nous éprouvons en premier lieu la compassion. Le devoir n’est pas dans le sentiment mais dans l’action commandée par le sentiment. Pour ces deux raisons, Nussbaum montre que la maltraitance des animaux soulève une question de justice, i.e. qu’il n’est pas seulement injuste de notre part que de maltraiter les animaux, mais que le bafouement de leurs droits fondamentaux constitue une injustice à leur endroit.

    1.2. L’échec de l’utilitarisme. L’utilitarisme a le mérite de disjoindre les deux questions confondues par le néo-contractualisme : 1) qui élabore les principes de justice ? et 2) qui bénéficie de la justice ? Cependant il pêche par certains points.

    1.2.1. Critique du classement par sommation. Le classement par sommation consiste à agréger de manière additionnelle les utilités des différents individus afin de produire un total unique. Nussbaum fonde sa critique sur 3 raisons : 1) l’addition de tous les biens ne permet pas une évaluation correcte des principes de justice, 2) en refusant l’idée de l’insubstituabilité des personnes, la théorie de la justice utilitariste s’interdit par le même coup d’invalider par avance (et non empiriquement et après coup) les conséquences fâcheuses (esclavage, traitement cruel, etc.) que le calcul conséquentialiste pourrait engendrer à l’endroit de certains individus, 3) certaines préférences sont adaptatives (i.e. non à l’initiative éclairée de l’individu mais du pouvoir qui les soumet).

    1.2.2. Critique des théories substantielles du bien. Nussbaum formule 4 critiques :1) la thèse d’une homogénéité et donc d’une commensurabilité du bien conduit à accepter un principe absurde de compensation des droits politiques fondamentaux les uns par les autres. Il faut admettre au contraire l’hétérogénéité et l’originalité qualitative des biens. 2) Promouvoir le plaisir au rang de fin unique conduit à négliger d’autres activités qui doivent aussi bien être valorisées. 3) L’utilitarisme de la préférence de P. Singer peut être critiqué : en comprenant la préférence comme un choix conscient, cette perspective s’interdit de penser l’ensemble des privations dont l’animal n’est pas conscient d’être frustré. 4) L’utilitarisme en général ne parvient pas à penser l’illégitimité de la mise au monde d’innombrables animaux instrumentalisés par les humains.

    2. L’extension de l’approche par les capacités aux animaux : l’avantage de l’approche par les capacités

    2.1. Nussbaum commence par rappeler l’intuition morale qui sous-tend l’approche par les capacités : le soubassement de cette perspective est l’idée d’une vie à la mesure de la dignité de la créature, c’est-à-dire d’une vie qui réponde aux besoins profonds et aux capacités fondamentales inhérents à l’individu. Une vie digne se définit comme une vie épanouie dans laquelle les capacités essentielles sont mises en œuvre et non gaspillées. Grâce à ce point de départ intuitif, l’approche par les capacités dépasse tant les théories néo-contractualistes que les théories utilitaristes :

    -          l’approche par les capacités l’emporte sur le néo-contractualisme: elle ne confond pas la question de l’auteur de l’élaboration des principes (qui ?) et celle de leurs bénéficiaires (à l’intention de qui ?). En effet le règne de la justice qu’elle recherche s’applique à la totalité du monde : l’approche par les capacités prend en compte, dans un objectif de coopération sociale, la multiplicité des formes de vie existantes. L’attention morale ne doit pas être réservée à la dignité humaine mais doit s’étendre à la diversité des types d’épanouissement. L’approche par les capacités estime que l’humanité n’est pas le seul objet de respect, mais que l’émerveillement doit s’étendre à toutes les formes complexes de vie animale, toute activité ayant pour effet d’empêcher l’épanouissement des organismes vivants dignes faisant l’objet d’une réprobation morale En ce sens il y a deux gains de l’approche par les capacités sur le néo-contractualisme : 1) nous avons des obligations directes de justice à l’endroit des animaux, lesquels ne sont pas des êtres de second ordre ne pouvant bénéficier de nos égards que de manière dérivée (indirectement et postérieurement aux égards envers les humains). 2) les animaux ne sont pas seulement des objets decompassion qui seraient le support de nos devoirs, mais ont le statut de sujets de justicedoués de droits.

    -       l’approche par les capacités l’emporte sur l’utilitarisme : 1) car elle prend en compte l’individualité de la créature, ce qui lui permet de refuser sa subordination instrumentale à un agrégat plus grand, 2) car elle n’opère pas une réduction du bien au plaisir mais s’intéresse à l’éventail des activités poursuivies comme bien, ce qui lui permet de tenir compte de la finalité spécifique poursuivie par la créature

    2.2. Nussbaum précise ensuite la compréhension de l’approche par les capacités appliquée aux animaux.

    -          L’attention morale se porte-t-elle sur l’espèce ou sur l’individu ?L’approche par les capacités met au centre des engagements la créature individuelle et non pas l’espèce ; l’espèce n’est pas l’objet d’un souci de justice en tant que tel (ainsi les torts faits aux espèces n’ont-ils de sens que parce qu’ils se produisent au travers de torts faits aux individus).

    -        Les niveaux de complexité importent-ils ? Il s’agit de comprendre quel type de différence est pertinent du point de vue de la justice. Nussbaum est à la fois d’accord avec la position utilitariste et avec celle de Rachels : 1) la sensibilité est bien la condition minimale de l’appartenance à la communauté des êtres dont les droits sont fondés en justice ; il n’y a pas de mal à la mise à mort d’êtres non sentants. 2)c’est bien l’épanouissement des capacités innées fondamentales qui revêt une signification morale : ainsi la forme de vie est-elle pertinente car elle détermine le type et le degré de tort qu’une créature peut subir, c’est-à-dire les capacités susceptibles de pouvoir être gaspillées.

    -       L’appartenance à une espèce importe-t-elle ? La position de Nussbaum diffère de celle de l’utilitarisme et de Rachels qui défendent un individualisme moral : l’appartenance à l’espèce doit avoir une pertinence morale et politique. Il faut tenir compte de la norme spécifique qui est pour nous l’étalon permettant de juger de l’épanouissement de la créature. Ainsi doit-on nourrir des efforts importants pour qu’un enfant infirme puisse s’épanouir en tant qu’appartenant à l’espèce humaine (sans quoi son existence serait tragiquement disharmonieuse), au lieu que l’apprentissage du langage au chimpanzé ne relève nullement de la sphère des problèmes de justice fondamentale (l’épanouissement propre du chimpanzé ne serait pas entravé par l’abstention de cet apprentissage).

    3. L’approche par les capacités ne se fonde pas sur un culte de la nature

    Il s’agit pour Nussbaum de critiquer la tentation d’extraction de normes de la nature. L’approche par les capacités se distingue des théories environnementalistes et reprend à son compte l’argumentation de Mill dans La nature : la nature n’est pas moralement normative ; elle ne doit pas être laissée à elle-même car le juste doit supplanter le naturel. C’est à la raison qu’il revient d’entreprendre un travail d’évaluation pratique des torts susceptibles d’être faits aux animaux. S’agissant des torts perpétrés par les animaux eux-mêmes, la question de la prédation requiert un examen sous deux rapports : 1) les principes politiques peuvent inhiber la capacité à tuer de petits animaux mais 2) les principes politiques doivent permettre et encourager les prédateurs à exercer cette capacité dont ils ne sauraient être justement frustrés.

    4. Défense d’un paternalisme attentif à la pluralité des formes d’épanouissement animales

    De la même manière que la distinction entre devoirs positifs et devoirs négatifs n’est pas pertinente dans le cas des humains, elle ne vaut pas non plus pour les animaux pour deux raisons : 1) l’homme a placé sous sa dépendance directe de nombreux animaux dont il devient donc responsable et 2) les animaux non domestiqués restent captifs de l’emprise humaine dans la mesure où leur environnement et les conditions de leur existence se trouvent affectées par l’action de l’homme. Pour ces deux raisons, toutes les capacités animales exigent d’être positivement soutenues. Il ne s’agit pas seulement de s’abstenir de faire subir des torts aux animaux, mais deprotéger positivement le bien-être animal dans la mesure où ce dernier se trouve directement menacé par l’homme.

    La portée de nos devoirs positifs envers les animaux est cependant délicate à déterminer : comment les mettre en balance avec le respect de l’autonomie de l’animal ? Se pose le problème de l’ingérence de l’homme dans le mode de vie des animaux. Faut-il considérer les animaux sous le même statut que les enfants et les adultes infirmes mentaux ? Un traitement paternaliste leur est-il approprié ? Nussbaum montre qu’il convient de combiner deux principes : 1) il faut mettre au centre de l’attention la capacité, d’où un gouvernement paternaliste à l’endroit des animaux, 2) tout en respectant l’autonomie des animaux dans la poursuite de leur épanouissement. Le paternalisme défendu ici a la spécificité d’être attentif aux formes d’épanouissement différentes poursuivies par les espèces : il est par définition pluraliste.

    5. Esquisse d’une législation animalière : quels principes politiques fondamentaux pour quelles capacités centrales ?

    Par-delà les textes législatifs fondateurs de chaque Etat, ce sont les accords de la communauté internationale elle-même qui doivent inclure un engagement envers les animaux en tant que sujets de justice. Pour cela, Nussbaum s’attache à déterminer une liste ouverte (sujette à être complétée et amendée) des capacités animales centrales, qui sont en réalité les corollaires des capacités humaines.

    1ère capacité : la vie. Nussbaum accorde à tous les animaux le droit de poursuivre leur vie, qu’ils aient un intérêt conscient à le faire ou non. Cependant elle justifie deux pratiques : 1          ) la prédation sans douleur et 2) l’élevage à fins alimentaires (sous la condition pour l’animal d’avoir mené une vie saine et de mourir de manière indolore). Cette justification s’appuie sur deux raisons : 1) les animaux mourront de toute façon dans la nature et 2) les animaux mourront de souvent plus douloureuse dans la nature. On peut émettre des réserves à la lecture de ces raisons : d’une part, on comprend mal pourquoi l’abattage des animaux (à moins qu’il ne se fasse dans leur extrême vieillesse) ne contreviendrait pas à la capacité d’avoir les moyens de vivre une vie d’une durée normale ; d’autre part, il apparaît difficilement justifiable que de comparer l’abattage à un acte d’euthanasie évitant noblement à l’animal les souffrances d’une fin de vie à l’état sauvage.

    2ème capacité : la santé physique. Nussbaum reconnaît aux animaux un droit à la vie saine (santé, alimentation, espace de vie) qui doit, dans le cas où les animaux sont placés immédiatement sous le contrôle de l’homme, des mesures politiques précises.

    3ème capacité : l’intégrité physique. Les animaux ont un droit les protégeant de toute violation de leur intégrité physique, sauf si celle-ci est légitimée par une discipline conduisant leurs capacités propres à leur point d’excellence. La distinction entre capacités propres (i.e. capacités qui sont authentiquement celles de l’animal) et capacités qui ne le sont pas permet à Nussbaum de disqualifier toute violation de l’intégrité de l’animal qui s’appuierait sur la volonté de faire advenir chez l’animal des capacités qui ne lui sont pas appropriées.

    4ème capacité : les sens, l’imagination et la penséeIl convient de s’interroger sur les choix et les domaines de liberté qui sont les plus importants pour chaque espèce animale, afin de leur offrir une multiplicité d’opportunités susceptibles de leur permettre d’exercer une large gamme de leurs activités caractéristiques (qu’il y ait ou non chez l’animal un intérêt conscient pour l’octroi de ces bénéfices).

    5ème capacité : les sentiments. Les animaux ont le droit de vivre une vie affective décente, i.e. qui soit appropriée à leurs besoins émotionnels spécifiques. Il convient de leur donner l’opportunité de développer des liens affectifs avec des objets et des individus.

    6ème capacité : la raison pratique. Il s’agit de déterminer pour chaque espèce animale si elle dispose d’une capacité d’élaborer un projet de vie ; dans le cas où cette capacité d’autodétermination réflexive existe, il faut la protéger et l’encourager par des mesures politiques spécifiques.

    7ème capacité : l’affiliation. La capacité à l’affiliation a deux dimensions : 1) une dimension interpersonnelle : les animaux doivent avoir le droit de recevoir des opportunités de nouer des relations gratifiantes avec les autres (humains ou non humains) ; 2) une dimension publique : les animaux ont le droit de ne pas être exposés à une discrimination humiliante et d’être considérés comme des êtres dignes ; pour cela, des mesures politiques internationales doivent être prises qui accordent aux animaux le statut juridique d’êtres dignes (que cette attribution fasse sens pour eux ou non).

    8ème capacité : le rapport aux autres espèces. De la même manière que les hommes, les animaux ont le droit d’avoir un souci des autres espèces et du reste du monde naturel. A cette fin, il faut tâcher de former un monde interdépendant où toutes les espèces seraient susceptibles de tisser des relations de coopération et d’entraide.

    9ème capacité : le jeu. Tous les animaux sensibles doivent bénéficier de mesures politiques destinées à leur permettre de s’adonner à des activités récréatives.

    10ème capacité : le contrôle de son propre environnement. Les animaux ont droit de contrôler 1) leur environnement politique : ils doivent être traités avec justice et doivent bénéficier de droits directs, de manière analogue aux enfants qui peuvent être représentés en justice et 2) leur environnement matériel : les animaux ont le droit de disposer d’une intégrité territoriale (analogue au droit de propriété pour l’homme).

    6. Le caractère indépassable du conflit entre les capacités

    Le conflit entre la protection des capacités pour les humains et la protection des capacités pour les animaux (i.e. le conflit entre la défense du bien-être humain et celle du bien-être animal) ne peut être résolu selon Nussbaum. On ne peut pas faire advenir un monde où toutes les capacités peuvent être garanties aux humains comme aux animaux. Nussbaum fonde cette thèse sur l’étude de deux cas : 1) celui de l’alimentation et 2) celui de l’expérimentation animale, qui selon elles cristallisent cette impossibilité d’une conciliation de la protection des capacités humaines et animales.

    Le cas de l’alimentation. Nussbaum, semble-t-il sans tenir compte des études menées sur le végétalisme et sans se justifier plus avant, estime que le passage pour l’humanité à une alimentation végétarienne pourrait s’avérer dommageable.

    Le cas de l’expérimentation animale. Nussbaum estime nécessaire la pratique de l’expérimentation animale (celle-ci ayant une utilité cruciale pour la vie et la santé des humains et des animaux) tout en reconnaissant son caractère tragique et notreculpabilité à l’endroit des animaux. C’est pourquoi Nussbaum réclame le respect de six conditions pour améliorer le sort des animaux de laboratoire : 1) la recherche doit être réellement nécessaire, i.e. en relation avec une capacité humaine centrale, 2)il faut privilégier l’usage des animaux dont le degré d’organisation biologique est moindre afin de leur faire subir moins de torts, 3) il faut améliorer les conditions de vie des animaux de laboratoire, 4) il faut faire disparaître toute brutalité psychologique dans leur traitement, 5) il faut s’abstenir de faire du tort à un animal pour des motifs futiles, 6) il faut développer des méthodes expérimentales permettant de ne pas faire appel aux animaux (notamment simulation sur ordinateur). Au lieu que le devoir de compassion apparaissait chez Rawls comme stérile et inactif, il se donne ici dans son versant actif : notre culpabilité nourrie à l’endroit des animaux de laboratoire doit conduire, dans la mesure du possible, à une transformation des conditions de leur traitement. Nussbaum pense la cohérence d’un paradoxe apparent : il est juste de faire ce pour quoi nous nous sentons cependant coupables.

    7. Vers une justice globale

    L’approche par les capacités offre donc un modèle au principe d’une théorie de la justice globalei.e. requérant l’inclusion des êtres qui n’appartient pas à notre espèce dans la sphère des sujets de justice.

    Publié par Camille le 22 avril 2013

    Source : http://www.ethiqueanimale.com/

    Le rapport à l'animal

    Kundera, passages choisis sur le rapport à l’animal

    Kundera, L’insoutenable légèreté de l’être, VII, 2

    « Tout au début de la Genèse, il est écrit que Dieu a créé l’homme pour qu’il règne sur les oiseaux, les poissons et le bétail. Bien entendu, la Genèse a été composée par un homme et pas par un cheval. Il est plus probable que l’homme ait inventé Dieu pour sanctifier le pouvoir qu’il a usurpé sur la vache et le cheval. Oui, le droit de tuer un cerf ou une vache, c’est la seule chose sur laquelle l’humanité tout entière soit fraternellement d’accord, même pendant les guerres les plus sanglantes. Ce droit nous semble aller de soi parce que c’est nous qui nous trouvons au sommet de la hiérarchie. Mais il suffirait qu’un tiers s’immisce dans le jeu, par exemple un visiteur venu d’une autre planète dont le Dieu aurait dit: « Tu règneras sur les créatures de toutes les autres étoiles », et toute l’évidence de la Genèse serait aussitôt remise en question. L’homme attelé à un char par un Martien, éventuellement grillé à la broche par un habitant de la Voie lactée, se rappellera peut-être alors la côtelette de veau qu’il avait coutume de découper sur son assiette et présentera (trop tard) ses excuses à la vache ».

    « Il n’est rien de plus touchant que des vaches qui jouent. Tereza les regarde avec tendresse et se dit (c’est une idée qui lui revient irrésistiblement depuis deux ans) que l’humanité vit en parasite de la vache comme le ténia vit en parasite de l’homme: elle s’est collée à leurs pis comme une sangsue. L’homme est un parasite de la vache, c’est sans doute la définition qu’un non-homme pourrait donner de l’homme dans sa zoologie ».

    « On ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre amour ou non-amour, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle mesure elles sont d’avance conditionnées par les rapports de force entre individus. La vraie bonté de l’homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu’à l’égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l’humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu’il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c’est ici que s’est produite la faillite fondamentale de l’homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent ».

    « Nietzsche s’approche du cheval, il lui prend l’encolure entre les bras sous les yeux du cocher et il éclate en sanglots [...]. Nietzsche était venu demander au cheval pardon pour Descartes. Sa folie (donc son divorce d’avec l’humanité) commence à l’instant où il pleure sur le cheval. Et c’est ce Nietzsche-là que j’aime, de même que j’aime Tereza, qui caresse sur ses genoux la tête d’un chien mortellement malade. Je les vois tous deux côte à côte: ils s’écartent tous deux de la route où l’humanité, « maître et possesseur de la nature », poursuit sa marche en avant ».

    Publié par Camille le 29 septembre 2013

    Source : http://www.ethiqueanimale.com/

    EEEERK, Bienvenue à tous sur mon site Internet. Mon premier blog CHAT VA ET CHAT VIENT a été interdit, le second ne répondait plus à l'attente des lecteurs. Ce site est né grâce à mon maître et j'en suis le porte-drapeau. PEPERE LE CHAT

    Vous pouvez me joindre sur mon adresse mail personnelle lechat.pepere@laposte.net.

    Je remercie tous ceux qui nous ont apporté leur soutien et qui ont permis au maître de mener à bien cette aventure qui se voulait sans prétention.

    N'oubliez pas ue notre objectif est de sauver les chats errants, les chats libres et les chats harrets de leur misère existentielle.

    Mes maîtres, Elisabeth et Jean-Marie DOL, souhaitent adresser leurs remerciements tout particulier au Docteur Thierry GUY, un vétérinaire ostéopathe de Saint-André de Sangonis installé à la ZA La Garrigue. Un excellent vétérinaire et un grand bonhomme EEEERK à lui.